Projeter pour créer

ou pour nourrir ses peurs

Par David Ciussi

 Quelques années en arrière notre famille possédait un projecteur de diapositives…
J’étais étonné de voir ce faisceau lumineux transparent, sans couleur, ni forme, se plaquer sur l’écran de cinéma et attendre sagement que l’on y introduise une diapo. Mon père lui en donnait une à « manger » et miracle … une scène familiale apparaissait comme par magie… une fois sur deux cela provoquait un grand rire, soit la scène était cocasse, soit la diapo était à l’envers…


Quelques années plus tard, j’ai aussi beaucoup ri en découvrant mes diapos intérieures… et en réalisant que nous sommes le faisceau lumineux et le processus avant d’être les diapos ou les pensées…


Choisir entre : suivre nos pensées, nos projections ou vivre notre présence lumineuse et consciente… 

Imaginons qu’au réveil nous soyons de bonne humeur… nous remarquons ce qui va bien, tout le monde est beau… des bourgeons sortent des vieilles branches …
Mais, en cours de journée, une contrariété téléphonique arrive… et, soudain, le monde change, le passé nous hante et l’avenir nous paraît gris. Plus de nouveautés, nous nous sentons encerclé par nos doutes et nos craintes.
Bizarre, que s’est-il passé entre notre bonne humeur et ce coup de fil… ? 
Le monde est resté le même... sauf la relation que nous avons avec nous-mêmes… 
Nous perdons tout sens du réel… nous nous trouvons projeté dans un monde imaginaire exagéré sans pouvoir nous mettre à la bonne distance face à cette information. Nous nous sentons « responsable-coupable ». 


Alors comment faire pour découvrir le pouvoir pédagogique.... caché dans chaque obstacle ? 

 

Choisir entre le projet créateur inventif et la projection polluante et narcissique...


On dirait que la projection est une mécanique huilée, rapide, qui se déroule dans notre tête, sans intervention de notre part… Elle s’impose, crispe notre corps, chauffe nos émotions et accélère la frénésie des pensées qui se bousculent sous notre crâne. 
Le pire est aussitôt envisagé… n’est-ce pas ?
L’humain identifié à son personnage est hypnotisé par ses difficultés et ses fautes… 
Il souffre dans ses sentiments, craint ses pensées et doute de ses actions. 
Il nourrit la peur de l’inconnu, du vide et des autres.
Son amour pour la vie se réduit à posséder, dominer et contrôler.
Sa capacité à vivre l’instant présent est voilée par ses projections, ses croyances aux nombreux au-delà. La compréhension de son existence se fait par la mémoire, l’analyse et la gestion du quotidien. 
Pour enrayer la logique de ses réactions, il utilise des techniques de plus en plus sophistiquées de gagnant/perdant … Il est devenu sérieux, responsable-coupable et se sent souvent en échec.


Et si nos fautes étaient un potentiel de créativité et d’invention plus subtil que les niveaux d’évaluation et de culpabilisation… 

Il suffit d’observer les enfants apprenant à marcher ou parler. Ils sont infatigables, joyeux et sans projection. Ils recommencent inlassablement, répètent leurs gammes, sourire en bandoulière. 

Le succès, c’est la somme des erreurs acceptées.


Sur le plan de notre humanité, vouloir échapper à l’épreuve du quotidien est un leurre.
« Ce qui est, Est, ce qui n’est pas n’Est pas. » 


Une façon simple et réaliste d’accompagner notre transformation est de diriger notre intelligence vers ce qui est pédagogique. 
Etre conscient de notre présence avant de penser est plus utile que de « penser changer les pensées » qui sont projetées sur le mur… 

Vouloir gérer les pensées mentales est une saisie tardive et labyrinthique de ce qui se déroule dans la profondeur calme et apaisante de notre être.

 

L'humain qui oriente son intelligence vers son identité originelle explore le parfum de toutes les beautés, sa personnalité est généreuse, ludique et inventive. 

Il se réconcilie dans l’instant présent et Il aime à en perdre la réaction.