Jean Klein, le guide du silence

et l'exploration de la relation corporelle

Par David Ciussi

Cela faisait cinq minutes environ que Jean Klein me baignait dans son silence guérisseur ; face à lui mes interrogations sur la quête sacrée s’apaisaient… J’observais que mes questions ne demandaient pas une réponse, et qu’elles réactiveraient d’autres interrogations, et j’éprouvais en sa présence le parfum de la vacuité et la joie d’être sans pensées, sans questions ni réponses…

Avec Yvan Amar, j’avais déjà goûté cette impression d’apaisement d’être sans pensées, dans une présence pleinement éveillée à la totalité sublime de cet instant vivant où il ne manque rien, jaillissement de l’intimité universelle délicatement partagée de cœur à cœur, d’esprit en esprit, d’humanité en humanité. 


Jean Klein était médecin de formation et musicologue. Son exploration de l’essentiel l’avait conduit en Inde où il trouva sa pratique et son Guide. Quelques années passées en compagnie de celui-ci lui firent découvrir le continuum de la conscience d’où naît la naissance et la mort, instant éternel d’éveil de notre nature originelle.
Jean Klein habitait aux Etats-Unis mais venait volontiers à Grasse où un mécène Italien lui avait offert l’hospitalité dans une tranquille propriété provençale. Il appréciait cet endroit et j’aimais lui rendre visite pour affiner ma quête. Ces moments intimes et précieux étaient simples et solennels. 

Parfois mon épouse m’accompagnait : l’atmosphère y respirait la beauté et l’art de vivre auprès d’un sage occidental, il incarnait l’offrande de la vie à travers sa présence et son enseignement. Jean Klein, dans sa transparence vivante permettait à ceux dont la recherche était sincère dans la maturité de leur accueil, de venir trouver et goûter à la vérité et à l’accomplissement d’eux-mêmes.


La relation avec le corps relâché était une des clefs de son enseignement. Elle servait de porte de passage pour l’accès au réel illimité dans une conscience multidirectionnelle, rendant la pédagogie du passage accessible à tout élève courageux et épris de liberté. Sa voie était progressive, directe mais aussi respectueuse de l’évolution en devenir de celui qui frappait à sa porte, mais il était sans concession pour des phrases toutes mâchées. Le rappel vers le corps était inlassablement évoqué.


Merci Monsieur Klein d’avoir guidé mes pas vers le silence créateur de la joie sans objet...

Laissons-lui la parole...

Extraits de "Transmettre la lumière":

un fonctionnement sans intervention

Docteur Klein, pouvez-vous dire quelque chose à propos de tout ce que nous voyons comme une projection ?


Jean Klein : "Généralement nous pensons qu'un objet existe hors de nous-mêmes, qu'il a une existence indépendante, mais c'est seulement une croyance. Ce n'est basé ni sur une expérience ni sur un fait. Le prétendu objet qui serait à l'extérieur de nous a besoin de la conscience pour être perçu. La conscience et son objet ne font qu'un. C'est vous qui créez, projetez le monde d'instant en instant. Quand le corps s'éveille le matin, au même instant le monde s'éveille. Vous projetez le monde ; c'est bien vous qui créez le monde d'instant en instant.

 

Est-ce que vous voulez dire que l'action crée le monde tel que nous le voyons, de telle sorte que lorsque je 

m'éveille le matin et que je vois la chambre et ce qui s'y trouve, la chambre existe seulement quand je m'éveille ?


- D'abord, quand vous vous éveillez, vous ne voyez pas la chambre, vous ne voyez que votre mémoire. Vous voyez un angle du plafond et vous dites: «Je suis dans une chambre», mais c'est seulement la mémoire que vous projetez et que vous appelez chambre. Votre vision n'est que fragmentaire. Ce que vous nommez votre environnement est constitué par au moins 80% de mémoire. Quand votre écoute est globale, chaque instant est neuf, sinon il ne s'agit que de répétition. Aussi longtemps que durera le réflexe de vous prendre pour quelqu'un, vous ne verrez que des fragments, et le regard que vous porterez sur votre environnement ne pourra être que fragmentaire. C'est la vision fragmentaire qui crée un problème ; sinon il n'y a pas de problème. C'est vous seul qui créez le problème...