Pouvoir et responsabilité

Par David Ciussi

L'homme n'a qu'un seul pouvoir fondamental, celui d'être étonné d'exister et de vivre, qu'une seule responsabilité, celle de maintenir cet étonnement vivant, source d'humilité, de curiosité, en relation avec les hommes et la nature. 


C'est dans cette « étincelle d'auto-reconnaissance », dans cet étonnement d'être en vie, que l'homme alors établi au coeur des lois de la nature est loyal et auto-référent. Il participe pleinement au jeu de la vie.

C'est dans cet « Eurêka » lucide ("Connais-toi toi-même et tu connaîtras l'univers et les dieux") c'est-à-dire, en réalisant qu'il EST, qu'il existe, qu'il possède un corps et qu'il pense, que se situe le « seul vrai miracle » de sa présence.
Il est créé et maintenu en vie d'instant en instant et voyage dans l'infini à bord du vaisseau spatial Terre. Cette force même le maintient en vie.


Ce don, ce pouvoir, qui les lui a donnés ? Qui fait tourner la terre ? Qui la porte ?
Où sont les moteurs et le carburant ? Quelle est cette intelligence innée qui crée et perpétue toutes choses dans le cycle de la vie et de la mort ?


Le pouvoir et la responsabilité de l'homme c'est de s'émerveiller, d'être vivant, en gardant sa fraîcheur d'âme d'enfant, tout en devenant un adulte conscient, responsable de la qualité de sa relation face aux événements et aux autres, miroirs qui révèlent ce qu'il est.

Nous vivons tous en société, mais qu'est-ce que c'est « la société » ? 
C'est une abstraction, un concept. Seul l'homme individuellement existe, l'homme est l'unité de base de la société. La qualité de celle-ci est le prolongement naturel de la qualité des hommes, non l'inverse. Les conflits d'ordre sociaux, politiques et économiques etc., ne peuvent être réglés qu'au niveau de l'individu.

Notre responsabilité, c'est de nous transformer, de devenir adulte, adulte dans le sens responsable de nos actes pour nous-mêmes et les autres.

C'est notre devoir de « conscientiser » la relation avec l'autre pour la rendre plus fluide et ne plus générer de conflit. Répéter les mêmes erreurs, appuyer toujours sur les mêmes boutons réactionnels en espérant un résultat différent est une erreur de stratégie qui frise parfois « la folie ordinaire ».

L'homme non-responsable est celui qui est animé d'une ambition personnelle et d'une recherche de pouvoirs tant sur le plan social, idéologique qu'ésotérique. Ces amalgames spirituels dégradés sont des essais non transformés qui entretiennent la logique du dominant-dominé, maître-esclave, pouvoir de l'homme sur l'homme.


 

L'illusion d'être prisonnier de nos réactions et celle des autres nous font cueillir les souffrances et les peurs comme seule réalité. On se prive alors du jardin d'Eden, source de vie qui, sans cesse, propose des solutions face à nos résistances de victime. Les oppositions et les échecs répétés sont autant de difficultés qui nous privent de l'intelligence du tout oeuvrant au coeur de l'évolution.

 

La responsabilité de l'homme, c'est de lâcher, à un moment, ses conditionnements de "victime", ses peurs imaginaires, pour agir et découvrir dans l'action, un allié inattendu, le courage, source d'accomplissement et de confiance en soi.

L'homme reconnaissant alors la qualité de sa liberté et de sa responsabilité, se doit de l'incarner et d'en porter témoignage dans son humanité à travers ses actes : il EST, il apprend, il comprend, il agit. Il accomplit son propre destin, son odyssée, dans le plaisir naturel de trouver des solutions à travers tous les obstacles.

Il se libère alors de ses entraves, « libérant ainsi la liberté ».

La qualité transparente de son autonomie dans les relations devient alors une éthique, une ouverture et un art de vivre dans une lucidité sans interférence. C'est la forme la plus haute de l'intelligence humaine.


Lorsque l'homme devient adulte et responsable, une aspiration, un désir de liberté, se fleure et s'anime. C'est l'aube de la quête spirituelle. Un voyage d'intégrité et d'obligation à l'impeccabilité commence. L'homme devient alors le révélateur du courage et de l'intelligence du processus de liberté se faisant chair. Alors une confiance et une patience insoupçonnées vont oeuvrer au coeur de cette intelligence innée. La force de cet embrasement renversera toutes les montagnes de croyances et dévoilera à celui qui cherche le passage, le secret de l'arche de l'alliance et la nostalgie mythique du prince charmant cherchant et réveillant la princesse endormie.

Il s'agit bien ici de réinitialiser ce passage d'avant toute naissance et d'après toute mort, genèse de tout ce qui est, a été et sera, inclus dans « Ici et maintenant ».

Vous comprenez bien qu'il ne s'agit pas seulement du « Ici et maintenant » du glorieux présent terrestre, mais bien de la plénitude intemporelle. La lumière chassant automatiquement l'obscurité, les faux désirs d'illumination et de pouvoirs seront alors vus et décapités dans l'instant.

L'homme qui réalise sa quête du sacré et sa nature divine n'est plus responsable isolément. Il est co-responsable et relié universellement, ceci dans une très grande légèreté.

Cela ne veut pas dire qu'il peut faire impunément ce qu'il veut en se couronnant d'une autorité spirituelle, mais les lois de la nature qui sont vivantes en lui, exigent l'impeccabilité de conscience. En tant que représentant témoin vivant de ces lois, il devient le « vécu » sans ambition personnelle, serviteur du grandir du monde.

Il accepte le réel comme il est, sachant qu'il n'a aucun pouvoir terrestre pour changer les choses en dehors de 

lui-même.