Aimer à en perdre la réaction

Par David Ciussi

Cher lecteur, et si nous nous promenions un instant, bras dessous-bras dessus,  pour parcourir ces lignes-voyage et ainsi mieux nous connaître pour renaître de nos doutes, peurs et souffrances en acceptant tous les paradoxes que la vie nous propose.

« Tout est toujours vrai pour celui qui aime la vérité

car elle est à redécouvrir infiniment. »

La découverte des lois de la mécanique quantique n’a pas effacé les lois de la physique. Cette découverte a permis d’apporter un éclairage plus précis et merveilleux de ce qui se passe dans l’infiniment petit au cœur des atomes et de ce qui se passe dans l’infiniment grand au cœur des nébuleuses et trous noirs. 

Ce qui se passe dans notre vie matérielle et psychologique est semblable aux lois de la physique, mais ce qui se passe dans les lois de la conscience, l’avons-nous étudié ? Depuis l’aube de l’humanité, les sages parlent de cette université de la conscience intérieure où tout savoir, toute connaissance, toute vérité et tout bonheur est déjà ici « pendant que cela se passe » par l’intermédiaire de notre corps et de nos activités quotidiennes. 

 

Accepter ce qui est n’est pas une résignation ou une utopie

 

Pour accepter ce qui est, il est nécessaire de découvrir ce que l’on n’accepte pas, alors il devient possible d’apprendre à s’aimer en aimant la vérité. 

« Ce qui est, est, ce qui n’est pas n’est pas ».  

 

Pour moi l’inacceptable, ce fut la mort de mon père. Le paradoxe c’est que dans cette épreuve, j’en suis sorti bien plus vivant qu’auparavant.

 

Il était une fois un fils et son père…

L’Ami : « Ton père est mourant derrière cette porte…, il t’attend ! »

Le fils:  Je ressens un immense « Non » !  Mon corps tremble, mes émotions pleurent, j’ai envie de fuir, je me raisonne… mais rien n’y fait ! Je me sens désespérément seul, luttant à armes inégales face à cette réalité implacable ; mon père va  mourir…  Qui va m’aimer et me soutenir face aux obstacles de la vie,  qui va m’aider à grandir debout face à tous les défis.… Il est mon modèle, mon ami, mon confident, il est mon « Papa »… Avec lui aucun défi n’est synonyme d’impossible, tout est  à apprendre, et aucune souffrance ne peut exister, ni endommager la joie profonde de se sentir deux,  ensemble, aimés infiniment.

Comme un robot désincarné... j’ouvre la porte machinalement…  une  odeur acre, étrange,  habite la pièce… Je vois sa pâleur, son corps squelettique… ses yeux s'entrouvrent lentement mais puissamment comme un soleil  d'hiver venant éclairer et réchauffer une froide vallée. Soudain l'atmosphère de mon âme change, se dilate et fuse dans l'étincelle de ses yeux...  Comme monté sur une fusée accélérant infiniment,  je traverse l'espace temps ! Puis la fusée s’immobilise dans  un vol sans distance. Je suis ici et partout simultanément,  voyageur immobile sur la ligne de départ mais qui a fait le tour de l'univers infini. Etrange et merveilleuse chose d’être simultanément présent partout sans avoir bougé ! Qui… suis-je… je suis une implosion et une expansion simultanée de mon identité,  bien plus présent et réel que ce que je croyais être auparavant. Un silence harmonique et vibrant d’avant les langues humaines me parle  "Je suis tout cela"  lien et lieu de filiation, avant les lois du monde relatif, je suis aimé…. 

Moi = vie - mort, espace, temps = effacé ! Je suis le passé, le futur et le présent : conscience…intemporelle !  Ouah ! Je vois les processus pédagogiques…  Quelle découverte ! …  « Au centre des lois du monde relatif sont les lois de l'amour et de la conscience... »

 

Bien que le drame que je vis soit extraordinairement poignant,  inexplicablement je… me… sens…  profondément… calme… apaisé… serein… simple… centré… humble… modeste... bouleversé face à l’incroyable pédagogie que porte cet événement. Mon père meurt mais la vie, sa vie continue silencieuse, illimitée, passant de vie en vie,  de forme en forme… « Je l’étreins… affectueusement… sereinement et j'entends son dernier et son premier souffle… simultanément,  dans toutes les vies, et je me dis, c’est cela l’Amour… ! 

 

 

La vie individuelle séparée est une illusion !

 

Nous avons bien une vie terrestre, humaine, relative, matérielle, mais il y a  aussi une vie absolue,  une vie sous-jacente, intemporelle, illimitée, infinie, pure présence, lieu de vacuité créatrice qu'aucune forme, chose, ou  pensée ne peut détruire...

« Aimer à en perdre la raison » dit la chanson…

 

Voici qu’il n’y a plus de moi, plus d’autre, tout objet a disparu dans cet instant présent initial et sans causes où s'écrit l'histoire de notre être et les fondations de notre humanité indivise et éternelle…

Quelles que soient notre race, nos émotions, notre intelligence, nous sommes tous à égale distance de l'éternité… ce qui signifie que nous sommes une vibration d’amour quels que soient notre vie, notre âge et notre forme.

 

Dans ma pratique de psycho-gérontologue et avec les équipes de soins palliatifs, nous gardons ce cap de l’étude ludique de soi qui donne l'intelligence du cœur, l'omniscience et la compréhension des lois de la conscience où aimer se conjugue au présent par l'infusion des lois relatives du quotidien,  où aimer offre le passage pédagogique qui nous libère de la distance moi-l'autre. ...  

 

Fini les pensées mentales qui normalisent, valident et rationalisent les peurs, la culpabilité, la crainte de l'action et la lutte contre les émotions. Fini la fascination de tout comprendre par des explications et la logique des deux dimensions espace-temps… Chercher la vérité sereine par Le "pourquoi et comment" appartient au temps relatif... à la vie à la mort.

Et s’il y avait un accès à notre identité spirituelle et naturelle sans le refus des peurs, des émotions, des douleurs, de la souffrance et de la perte d’être soi.

Et si il y avait une vie plus intime et simple à vivre dans l’étude des lois de la conscience. 

L’accès au présent intemporel se découvre dans l’étude de "Quand",  "pendant que cela se passe." Cette exploration invite à l'immédiateté de notre vécu par l’expérience de la relation corporelle avec et dans le corps-monde dans lequel nous évoluons. Cette intention de nous connecter au réel immédiat nous donne accès aux lois de la conscience. (Pésoa disait: penser c'est être dérangé des yeux)

 

L’expérience de l'instant présent quotidien ressenti, accepté et vécu amène directement à la porte de la conscience sans la dualité de se sentir séparé  du sujet d’étude.

Aucune difficulté durable n'existe, sauf par somatisations mentales.  Même dans ce cas nous pouvons faire l'expérience du neuf au réveil après une nuit réparatrice où nous avons oublié notre forme corporelle, les souffrances, les maladies et l'identification au rôle joué pendant le jour. Cette petite mort journalière nous régénère et nous offre le passage de la connaissance de soi, fil d'Ariane qui tisse la journée, les rêves, le sommeil et le réveil dans une nouvelle journée...  

Penser en permanence que le pire peut advenir à tout moment n'est plus nécessaire.  Penser la vie comme une successions de choses connues, filtre le réel perceptif et cognitif et n'offre pas la surprise des propositions nouvelles que la vie apporte chaque jour.

 

La pratique de notre humanité est une acceptation libératrice qui demande notre participation volontaire car nous sommes formatés à la "non-lonté" ou au volontarisme. La volonté simple et naturelle demande une intention de se connecter au mouvement de la naissance du monde qui se fabrique immédiatement sous nos yeux.

S'inscrire dans le mouvement de la transformation de la vie universelle est un ajustement silencieux,  précis, centré, en évolution constante,  en  équilibre dynamique entre "le faire et le non-faire », entre « le résultat et la peur d’agir », entre « je sais et je suis ignorant. », entre « je suis né et je vais mourir ». Jouer à l'école de la vie est une pratique ludique de la joie d’être, c’est aimer et se sentir aimé. 

 

Pratiquement,  au niveau de nos relations humaines,  j’ai aussi appris de cette expérience qu’il était possible de vivre plus simplement : jouer à pratiquer l’amour du cœur,  c’est donc être lucide des lois universelles à partir desquelles tout est créé, relié simultanément,  d’un même élan maternel accouchant de la vie mortelle et de l’immortalité. 

Jouer à pratiquer l’intelligence du cœur fait que nous n’essayons plus de corriger les défauts des autres, nous les comprenons et les englobons dans notre être.

L’habitude d’opprimer les autres, d’exiger qu’ils fassent tout à notre manière,  s’efface. 

L’habitude d’obliger notre entourage à penser comme nous, notre besoin de dominer, de contredire, de montrer nos savoirs ou nos faiblesses s’effacent.

L’habitude d’irriter nos enfants avec nos : “Ne fais pas cela, ne parle pas ainsi ; tu dois obéir, tu dois m’écouter,”  s’efface.

 

La pratique du cœur et de l’intelligence relationnelle est une pédagogie  de la légèreté, un envol,  mais aussi une pédagogie de l’atterrissage…  car la discrimination de l’intelligence et le mouvement du cœur sont unis dans la même danse. 

L’intelligence sait que les  mauvais traitements créent une réaction émotionnelle chez l’autre et que l’effet boumerang reviendra à plus ou moins long terme. 

L’intelligence lucide ne peut être malveillante, ni querelleuse car elle connaît les jeux de réconciliation ; elle n’est jamais exigeante, elle ne cherche pas à additionner les inconforts. Elle n’entraîne aucun regret, et ne nous cause jamais de chagrin.

Elle ne perd rien à écouter entièrement l’autre,  elle n’a pas tort pour autant. Cette intelligence vise et anime tout ce qui est universellement vrai, elle aime la gratitude et les béatitudes de l’instant. 

Elle est pure comme la vie d’un petit enfant. Elle porte son attention sur les choses du présent glorieux. Elle s’apprend… se pratique… par l’intelligence de l’émotion initiale qui passe de vie en vie dans un paradis en chantier dont chacun de nous est un artisan.

 

C’est dans cette ordinaire parcelle qu'est notre personnalité humaine et mortelle que se joue l'histoire et la légende vivante "d'être aimé de tout temps, infiniment" en toute chose. C’est si modeste, infime et intime que peu y vont chercher le mouvement de la clef qui donne la vie à la vie, l’amour au verbe aimer.